SEULALONE
Georges Rodenbachtrans. James Kirkup



Vivre comme en exil, vivre sans voir personne
Dans l'immense abandon d'une ville qui meurt,
Où jamais l'on n'entend que la vague rumeur
D'un orgue qui sanglote ou du Beffroi qui sonne.



Se sentir éloigné des âmes, des cerveaux
Et de tout ce qui porte au front un diadème;
Et, sans rien éclairer, se consumer soi-même
Tel qu'une lampe vaine au fond de noirs caveaux.



être comme un vaisseau qui rêvait d'un voyage
Triomphal et joyeux vers le rouge équateur
Et qui se heurte à des banquises de froideur
Et se sent naufragé sans laisser un sillage.



Oh! vivre ainsi! tout seul, tout seul! voir se flétrir
La blanche floraison de son âme divine,
Dans le dédain de tous et sans qu'aucun devine,
Et seul, seul, toujours seul, se regarder mourir!



Live as in exile,
live not seeing anyone
in the enormous
wilderness of a city
that is dying, where never

a sound is heard - vague
rumours of organs sobbing,
or the Belfry tolling.
To feel one is remote from
all souls, all minds - of all that

bears on its forehead
a diadem; and without
any explaining,
to consume oneself within
like a useless lamp deep down

in black sepulchres.
To be like a vessel that
dreamed of a voyage -
triumphal, joyous - towards
the red equator, and meets

a sea of icefloes
where it sinks leaving no trace.
O! to live so - all
alone, all alone, to watch
withering the divine Soul's

white blossom, and in
the indifférence of all,
nobody knowing:
alone, alone, and always
alone, watching oneself die.

Click here 1 for another translation of this poem.

Trans. copyright © James Kirkup 2003


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