| LE HÉRON : LA FILLE - VII.4/5 | THE HERON AND THE YOUNG GIRL | ||||||||
| Jean de la Fontaine | trans. Gordon Pirie | ||||||||
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Un jour sur ses longs pieds allait je ne sais où Le héron au long bec emmanché d'un long cou. Il côtoyait une rivière. L'onde était transparente ainsi qu'aux plus beaux
Avec le brochet son compère. Le héron en eût fait aisément son profit: Tous approchaient du bord, l'oiseau n'avait qu'à
Qu'il eût un peu plus d'appétit. Il vivait de régime, et mangeait à ses heures. Après quelques moments,l'appétit vint; l'oiseau S'approchant du bord vit sur l'eau Des tanches qui sortaient du fond de ces demeures. Le mets ne lui plut pas: il s'attendait à mieux, Et montrait un goût dédaigneux Comme le rat du bon Horace. "Moi, des tanches?" dit-il, "moi, héron, que je fasse Une si pauvre chère? Et pour qui me prend-on?" La tanche rebutée, il trouva du goujon. "Du goujon? c'est bien là le dîner d'un héron! J'ouvrirais pour si peu le bec! Aux dieux ne plaise!" Il l'ouvrit pour bien moins: tout alla de façon Qu'il ne vit plus aucun poisson. La faim le prit; il fut tout heureux et tout aise De rencontrer un limaçon. Ne soyons pas si difficiles: Les plus accommodants, ce sont les plus habiles; On hasarde de perdre en voulant trop gagner. Gardez-vous de rien dédaigner, Surtout quand vous avez à peu près votre compte. Bien des gens y sont pris. Ce n'est pas aux hérons Que je parle; écoutez, humains, un autre conte Vous verrez que chez vous j'ai puisé ces leçons. Certaine fille un peu trop fière Prétendait trouver un mari Jeune, bien fait, et beau, d'agréable manière, Point froid et point jaloux: notez ces deux points-ci. Cette fille voulait aussi Qu'il eût du bien, de la naissance, De l'esprit, enfin tout; mais qui peut tout avoir? Le destin se montra soigneux de la pourvoir: Il vint des partis d'importance. La belle les trouva trop chétifs de moitié. "Quoi! moi? quoi! ces gens-là? L'on radote,
Voyez un peu la belle espèce!" L'un n'avait en l'esprit nulle délicatesse; L'autre avait le nez fait de cette façon-là C'était ceci, c'était cela, C'était tout: car les précieuses Font dessus tout les dédaigneuses. Après les bons partis, les médiocres gens Vinrent se mettre sur les rangs. Elle de se moquer. "Ah! vraiment, je suis bonne De leur ouvrir la porte: ils pensent que je suis Fort en peine de ma personne. Grâce à Dieu, je passe les nuits Sans chagrin, quoique en solitude." La belle se sut gré de tous ces sentiments. L'âge la fit déchoir; adieu tous les amants. Un an se passe, et deux, avec inquiétude. Le chagrin vient ensuite: elle sent chaque jour Déloger quelques ris, quelques jeux, puis l'amour; Puis ses traits choquer et déplaire; Puis cent sortes de fards. Ses soins ne purent faire Qu'elle échappât au temps, cet insigne larron. Les ruines d'une maison Se peuvent réparer: que n'est cet avantage Pour les ruines du visage! Sa préciosité changea lors de langage. Son miroir lui disait: "Prenez vite un mari." Je ne sais quel désir le lui disait aussi: Le désir peut loger chez une précieuse. Celle-ci fit un choix qu'on n'aurait jamais cru, Se trouvant à la fin tout aise et tout heureuse De rencontrer un malotru. |
Long of neck and long of shank, A heron walked along a river bank In perfect weather. Now and then The tall, grey-feathered fisherman Would pause to scan the limpid stream, Where fish were happily at play, Winding their way among the water weed. His eye distinguished carp and bream. They would have made a tasty prey For any heron, had he wished to feed; But this one was a choosy bird, And thought he’d wait a little longer, Letting the fish enjoy their play Until his appetite was stronger. Eventually, hunger stirred. The carp and bream had swum away, And tench were rising from below. He frowned: "Oh no! Not tench! That muddy fish Could never make a dish Fit for a heron!" so he let them go. His patience was rewarded by a gudgeon. This put the heron in high dudgeon: "What! Gudgeon! God forbid! Take it away!" Away it went. And though he waited there all
Toward evening, as the light began to fail, The bird was glad to break his fast By gobbling up a snail. A young girl, rather proud, made up her mind To marry just as soon as she could find A husband, handsome, young, refined, Affectionate, but not possessive. So far, perhaps, her wishes weren’t excessive; But then the lucky man must also be Well-born, well-off and witty - yes, all three; She’d settle for no less. Some eligible suitors came, Desiring her to take their name, And went down on their knees to woo; But somehow none of them would do: One was too awkward and uncouth, Another, a mere callow youth; A third one had a crooked nose, A fourth, unfashionable hose. These first admirers being dismissed, Their names struck off the list, Another lot, more mediocre, Came forward and bespoke her. The fair one stamped her foot and cried: "I wonder suitors so ill-qualified Presume to call. Show them the door! I don’t intend to marry a boor!" She nursed her pride and slept alone. Time passed; and when a year or two had flown, And no more suitors came to court her, The girl began to wonder whether life Might not be more amusing for a wife Than for a grown-up single daughter. Her face grew longer and her temper shorter. Her mirror told the bitter truth That beauty steals away with youth, And every time she looked, it seemed to say: "Quick! Take a husband while you may!" Her friends, of course, were quite put out When she, who’d found so much in men to hate, Was glad at last to quit her single state By marrying a lout. Pickers and choosers, And fussy refusers, Are sometimes the losers. |
Trans. Copyright © Estate of Gordon Pirie 2002