LES TROIS MEUBLES DU MAGE SURANNÉSTHE THREE HEIRLOOMS OF THE MAGUS
Alfred Jarrytrans. James Kirkup
I

Minéral

Vase olivâtre et vain d'où l'âme est envolée,
Crâne, tu tournes un bon visage indulgent
Vers nous, et souris de ta bouche crénelée.
Mais tu regrettes ton corps, tes cheveux d'argent,


Tes lèvres qui s'ouvraient à la parole ailée.
Et l'orbite creuse où mon regard va plongeant,
Bâille à l'ombre et soupire et s'ennuie esseulée,
Très nette, vide box d'un cheval voyageant.


Tu n'es plus qu'argile et mort. Tes blanches molaires
Sur les tons mats de l'os brillent de flammes claires,
Tels les cuivres fourbis par un larbin soigneux.


Et, presse-papier lourd, sur le haut d'une armoire
Serrant de l'occiput les feuillets du grimoire,
Contre le vent rôdeur tu rechignes, hargneux.












II

Végétal

Le vélin écrit rit et grimace, livide.
Les signes sont dansants et fous. Les uns, flambeaux,
Pétillent radieux dans une page vide.
D'autres en rangs pressés, acrobates corbeaux,


Dans la neige épandue ouvrent leur bec avide.
Le livre est un grand arbre émergé des tombeaux.
Et ses feuilles, ainsi que d'un sac qui se vide,
Volent au vent vorace et partent par lambeaux.


Et son tronc est humain comme la mandragore;
Ses fruits vivants sont les fèves de Pythagore;
Des feuillets verdoyants lui poussent en avril.


Et les prédictions d'or qu'il emmagasine,
Seul le nécromant peut les lire sans péril,
La nuit, à la lueur des torches de résine.












III

Animal

Tout vêtu de drap d'or frisé, contemplatif,
Besicles d'or armant son nez bourbon, il trône.
À l'entour se presse un cortège admiratif
Que fait trembler le feu soudain de son oeil jaune.


Il est très sage, et rend justice sous un aulne
(jadis Pallas en fit son conseil Privatif);
Il a pour méditer l'arrêt, esprit actif,
Et pour l'exécuter griffes longues d'une aune.


Doux, poli, le hibou viendra vous prévenir
Quand l'heure sonnera que la Mort vous emporte;
Et crîra trois fois son nom à travers la porte.


Car il déchiffre sur les tombes l'avenir,
Rêvant la nuit devant les X philosophales
Des longs fémurs croisés en siestes triomphales.
I

Mineral
Useless olive-green
vase from which the soul has fled;
skull, you turn on us
your good profile, indulgent,
grin with crenellated jaws.

But you seem to miss
your body, your silver hair,
your lips that opened
to winged words - and the hollow
orbit, where my gaze would drown,

yawns in the shadows,
all alone, sighs with boredom ...
quite clear, the empty
box of a winged Pegasus.
- You are now no more than clay

and death. White molars
on the matt tones of the bone
shine with a bright flame
like brass polished by careful
flunkeys. Heavy paperweight

on top of the chest
gripping in its occiput
pages from a book
of magic spells, and grimly
defying the prowling winds.


II
Vegetable

The scrawled parchment grins
and grimaces, livid - mad
dance of letters! Some,
torches, radiantly sparkle
upon one whole page. Others

in serried ranks, like
acrobatie ravens in
the spread pages' snows,
gape wide their ravenous beaks.
- The volume is a great tree

risen from the tombs.
Its leaves, as from sacks emptied
on voracious winds
whirl and are torn to shreds.
- Its trunk, a mandragore, is

human, its ripe fruits
the beans of Pythagoras:
in April, its green
foliage flourishes, but
the golden predictions that

are stored within it
only a necromancer
can interpret quite
without danger - at night, by
the resinous torches' light.


III
Animal

Clad all in cloth
of scrolled gold, contemplative,
gold-rimmed spectacles
armouring his Bourbon beak,
he sits enthroned. All round him

throngs an admiring
retinue, that suddenly
makes his yellow eye
flicker into flame. He is
very wise, and dispenses

justice from beneath
an alder-tree (formerly
Pallas had made him
her own private counsellor);
pondering the decree, he

shows an active mind,
and when he executes it,
displays fingernails
long as a tailor's measure.
- Gentle, polite, the owl comes

to inform you when
the hour has struck, and Death
will carry you off;
he shouts the name three times
through the door. He deciphers

the future's tombstones,
dreaming all night, before the
Philosopher's Stone
(the Polytechnic), - long thighs
crossed in triumphal siestas.

Trans. copyright © James Kirkup 2003


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